Puiser dans la force de l’autre – Témoignage de Myriam Desbiens et François Cimon

Des âmes sœurs. Voilà exactement ce que Myriam Desbiens et François Cimon sont l’un pour l’autre. En dépit de leur jeune âge, après une douzaine d’années de vie commune, leur couple dégage la sérénité, l’immense respect mutuel, cette forme de sagesse et d’estime qui font la marque de ceux dont l’union transcende les décennies, les hauts et les bas de la vie, les obstacles.

Et pourtant. Tout aurait pu les séparer : des personnalités aux antipodes, des goûts et des intérêts complètement différents et des coups durs qui auraient eu raison de bien des unions. Quand on dit que les contraires s’attirent… Ce qui les aura soudés à jamais : leur façon de faire face à la maladie.

 

Contre vents et marées
Pétillante, colorée, vive, Myriam Desbiens n’a jamais laissé le cancer du sein tarir sa joie de vivre. Même si la maladie s’est immiscée tôt dans sa vie, alors qu’elle avait 23 ans. Entre décembre 2012 et août 2015, Myriam a reçu successivement deux diagnostics et a enfilé près d’une douzaine de chirurgies – des mastectomies et des reconstructions, mais également des interventions pour traiter des complications –, des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, des hospitalisations. Décidément, cette période de la vie n’aura pas été de tout repos.

Dès qu’elle a reçu le premier diagnostic, Myriam a offert à François de la quitter. « Je ne pouvais pas fuir ma situation, mais je ne voulais pas la lui imposer. » Pour François, c’était hors de question. Il entendait bien être aux côtés de son amoureuse, coûte que coûte. « Bien sûr que les événements ont eu des conséquences dans nos vies. Mais ma conjointe passait bien avant tout le reste. »

Pendant cette période, François a accompagné Myriam à tous les rendez-vous. « Nous avons beaucoup parlé quand des décisions difficiles devaient être prises pour ma santé, souligne Myriam. Quand j’ai été hospitalisée parce que j’avais des problèmes avec mon système immunitaire, je ne pouvais pas recevoir beaucoup de visites. François venait faire un tour le matin, le midi et le soir. Des allers-retours, entre le travail, la maison et l’hôpital, il en a fait beaucoup! »

À cela se sont ajoutées les répercussions de la maladie sur le plan psychologique. Parce que si le cancer attaque le corps, il laisse aussi dans son sillage des répercussions sur le plan émotionnel. « Je dis souvent que je suis en stress post-traumatique des deux premiers cancers, admet-il. Aussitôt que Myriam ne se sent pas bien, je m’inquiète. » Une forme d’hypervigilance avec laquelle le couple a appris à composer. Sans compter les changements physiques. « Il faut trouver des trucs pour apprivoiser ces changements-là. Ce n’est pas le regard de François qui a changé. C’est le mien, par rapport à moi-même. Il a fallu que j’apprenne à me trouver belle quand même. » Leur capacité à se parler ouvertement aura été leur planche de salut.

 

L’essentiel accompagnement
Malgré tout, Myriam n’a jamais baissé les bras. Pendant les six années qui ont suivi, ils ont savouré pleinement leur vie, plus normale. Sereins par rapport aux événements. Myriam est convaincue que la présence de François à ses côtés lui a donné de la force. Elle le mesure encore plus maintenant, puisque les mesures adoptées dans la foulée de la pandémie font en sorte que François ne peut plus l’accompagner lors des traitements qu’elle vient tout juste d’entreprendre pour contrer une récidive.

« Je réalise encore plus que le soutien représente une grosse partie de tout ce parcours. Pour les deux premiers diagnostics, nous avions une routine qui rendait ces moments plus doux. Nous faisions le plein de séries et de films à visionner ensemble pendant les longues heures de traitement. François pouvait aller à la cafétéria pour me rapporter quelque chose à dîner, en fonction de mon appétit. Si j’avais froid, il trouvait une couverture. Maintenant, il est présent, bien sûr, mais à distance. Nous nous parlons par textos. »

 

Des forces complémentaires
En plus d’une décennie à naviguer dans les eaux les plus agitées, comment leur couple a-t-il évolué? Se sentent-ils fragilisés? « Au contraire, nous sommes soudés plus que jamais. Nous sommes assez ouverts en ce qui concerne le dialogue. Nous sommes capables de communiquer. Maintenant, notre dialogue se fait beaucoup dans le respect, dans la compréhension mutuelle. Nous avons chacun appris à lire les émotions de l’autre. Nous savons tous les deux ce que nous pouvons dire ou ne pas dire. » En un sens, Myriam et François ont bâti en à peine plus d’une décennie ce que les couples qui durent mettent une vie à construire.

Ils se sont révélés l’un à l’autre à travers les épreuves. « J’ai découvert une force tranquille de mon chum, constate Myriam. Il est d’un tempérament un peu explosif, assez tranché dans ses opinions. Il a trouvé une force calme et douce pour affronter les événements et me soutenir lorsque j’étais plus fatiguée ou moins réceptive. Cette facette de lui teinte de plus en plus la généralité de sa vie. »

François est convaincu que c’est Myriam qui l’a transformé. « Je savais qu’elle était têtue, mais sa force s’est transformée en quelque chose de plus grand. Myriam a une force de guerrière. Si j’avais dû accompagner quelqu’un de mou, j’aurais eu plus de difficulté. Je me suis nourri dans sa force. »

 

Répandre la lumière
« Dans un groupe, il y a un rôle pour chaque personne. Moi, mon rôle, c’est d’être la petite maman de tout le monde. C’est de prendre soin des gens, dit Myriam. Quand c’est la fête de François, j’ai envie que ce soit spécial. S’il a de la peine, je veux faire quelque chose. J’aime rendre les gens heureux et être là pour les soutenir. »

Myriam a dû, par moments, apprendre à laisser les autres prendre soin d’elle. N’empêche que c’est dans son ADN. C’est pourquoi elle s’implique, toujours avec François. Tous deux ont d’ailleurs formé le premier couple de Porteurs de lumière. « C’est dans notre nature, dit François. Nous aimons communiquer et nous avons de la facilité à le faire. Myriam a bénéficié des soins du Centre des maladies du sein. C’est aussi une tribune pour continuer de promouvoir l’autoexamen des seins. »

Même son de cloche du côté de Myriam. « Comme les sommes amassées restent à Québec, je peux voir où va l’argent. Quand c’est à plus petite échelle, on voit mieux les retombées de notre engagement. C’est aussi important d’aller chercher une autre tranche d’âge. Les enjeux et les pronostics sont différents pour les plus jeunes. Je veux transformer la pire expérience de ma vie en quelque chose de bien. »

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